L’ENFANT

  

Les légendes médiévales évoquent des cas merveilleux d’enfant restant éveillés ou doués de la parole : voici la prémonition d’un destin brillant ou l’écho de ce que nous appelons aujourd’hui l’ »enfant imaginaire », qui préexiste à la conception chez la mère et qui n’est jamais entièrement remplacé par l’arrivée de l’enfant.

 

 « Un archétype d’enfant idéal s’est imposé pendant des siècles, voire des millénaires, à la culture occidentale : l’enfant que désirent les femmes enceintes est un enfant « à point », rose, vigoureux, « blond et frisé », précise Jacques Gélis dans son ouvrage L’Arbre et le Fruit. La petite enfance a souvent été figurée sous les traits idéalisés de Jésus. A la Renaissance apparaissent les putti, blonds et potelés, dont la joyeuse vitalité incarne la fraîcheur du paradis.

 

"Jusqu’aux XVIIème et XVIIIème siècles, une femme « s’accouchait » ou « était accouchée » d’un enfant. Aujourd’hui une femme « a accouché » d’un enfant. Ce passage à la forme active lui donne un statut de mère, auquel elle n’accédait alors que par le biais d’étapes ritualisées. Accouchant chez elle, assistée d’une matrone ou d’une sage-femme, elle se pliait aux préparatifs traditionnels et acceptait la douleur comme une fatalité.

 

Au moyen âge, le destin de l’enfant est tout aussi périlleux. La disparition de la femme en couches peut-être le présage d’un brillant avenir pour l’enfant qui lui survivra. Mais cette survie est problématique : un enfant sur quatre né d’une femme morte en couches disparaît avant la fin de sa première année. Le décès du nouveau-né n’en constitue pas moins une épreuve qui nécessite, jadis comme aujourd’hui, la mise en œuvre de procédures complexes afin que la famille puisse continuer à vivre malgré ce deuil.

 

Dans ces périodes de l’âge classique marquées d’une fois intense, c’est moins la mort terrestre qui pose problème que la salut éternel. Ce qui est insupportable aux parents est le devenir de l’âme de leur enfant mort sans baptême.

 Dans la société traditionnelle, l’enfant et sa mère formaient une unité. La volonté de protéger le nourrisson, à l’existence menacée, s’inspirait du modèle utérin, vase clos pourvoyeur d’une chaleur indispensable pour achever le travail de la nature. C’est pourquoi une situation de grande proximité entre le nouveau-né et sa mère devait être maintenue le plus longtemps possible.

 

 Dans la France de l’ancien Régime, le nourrisson est designé comme un « enfant à la mamelle » « enfant au maillot » ou « enfant au berceau », toutes expressions marquant la cohérence entre les trois techniques d’éducation précoce : l’allaitement, l’emmaillotement et le bercement.

  

" Quand au Moyen Age, le corps de l’enfant était désigné comme « divers », cela signifiait qu’il ne répondait pas à la règle d’unité du corps et de la raison, attributs de l’âge adulte. On pensait que le nourrisson possédait une version diabolique de lui-même - le « changelin » ou le « changeon » -, qui se manifestait lorsque ses parents le quittaient des yeux ou ne répondaient pas avec assez de diligence à ses pleurs. Si cette croyance a peu à peu disparu, la notion d’ [inachèvement] resta longtemps liée aux premières moments de la vie."
 

 Le XXème siècle donne à tout enfant des chances de survivre. Mais, dans la famille du monde moderne, l’enfant se fait plus rare qu’autre fois. Plus rare et plus cher : il suscite l’intérêt croissant de la société qui y voit une « cause d’avenir »,  intérêt relayé par les médecins et les juristes, les pédagogues et les psychologues qui bâtissent l’éducation nouvelle de « Sa Majesté le Bébé ».

 

Winnicott, l’enfant en bonne santé est un enfant qui joue « en présence de sa mère », c’est-à-dire d’un adulte soutenant sa créativité.

 

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